dimanche 26 janvier 2020

Bonne année. Et bonne santé !


Prochain cercle de silence de Strasbourg
jeudi 30 janvier 2020, 18h-19h pl. Kléber
Rejoignez-le, même quelques instants.

Le gouvernement souhaite une bonne année aux demandeuses et demandeurs d’asile. Et surtout, la santé !
À partir de ce mois de janvier 2020 leur couverture santé ne débutera qu’après un délai de 3 mois, suite à un décret du 30 décembre 2019 (dont voici le texte mais il faut arpenter le Code de la Sécurité Sociale pour comprendre).
Ce sont des gens souvent abîmés. Que les soignants retrouveront trois mois plus tard, dans un état pire.
Rien ne justifie ça.
La santé publique en pâtira. Les urgences sont engorgées ? Les finances des hôpitaux difficiles ? Elles le seront davantage. Des contagions évitables ne seront pas évitées. Il faut savoir faire des sacrifices pour faire mal aux indésirables.
De nombreux soignants ont protesté contre ce projet (et un autre, voisin). Trente-deux associations (dont MSF, MDM) ont solennellement communiqué ici  et plus de 6000 personnels de soin ont signé .
Le gouvernement ne leur a apporté aucune réponse et, le 30 décembre, a publié le décret laconique.
Il est du racisme pur. La honte, la honte.
En outre il dit à l'extrême droite : vous avez raison. Ces gens sont une menace et une charge.
Ce sont juste des humains. Le décret dit : ils ne méritent pas d’être traités comme tels.
Accréditer les mensonges de l'extrême droite produira une gagnante : l'extrême droite.
NB 1. Trois mois, c’est le temps dont ces gens disposent pour construire leur dossier de demande d’asile. Ils le feront désormais sans accès aux soins. Et si leur santé, physique, mentale, est mauvaise ? Qu’ils crèvent.
NB 2. Le décret contrevient probablement au droit européen de l’asile, qui prévoit un accès à des soins (le gouvernement, cette zone de non-droit). Il sera contesté.
Bonne année. Et bonne santé* !
*Offre limitée à certaines catégories de personnes. Voir conditions en préfecture.


Nous ajoutons quelques brèves.
En 2019, l'ONU (via l'Organisation Internationale pour les Migrations) a dénombré au moins 1090 personnes mortes en Méditerranée. Elle indique aussi que, avec l'arrêt par les États européens de leurs opérations (Sophia) de patrouille en mer, et leur entrave de celle des associations de secours, ce chiffre est probablement très sous-évalué : de nombreux naufrages sont sans doute passés inaperçus.
En 2019 quatre personnes sont mortes en tentant de traverser la Manche dans des bateaux de fortune.
Nous faisons mémoire d'Ani Guibahi Laurent Barthélémy, Ivoirien de 14 ans retrouvé mort le 8 janvier dans le train d’atterrissage d’un avion à Roissy.
L'expulsion d'une Afghane de 19 ans ayant réussi à fuir son pays et un mariage forcé là-bas a été planifiée par la France début janvier. C'est l'action associative qui a révélé la situation et lui a permis in extremis de demander l'asile —qu'elle vient d'obtenir. Entre-temps, le ministère, alerté, n'avait bien sûr pas bougé. Cette histoire est révélatrice de la manière dont notre pays s'arrange pour que les droits garantis par la loi restent théoriques. Vous pouvez en regarder le court récit dans cette vidéo. Une seule chose compte en fait : expulser.

mardi 24 décembre 2019

Feriez-vous cela de vos mains ?

 
Prochain cercle de silence de Strasbourg
lundi 30 décembre 2019, 18h-19h pl. d'Austerlitz
Rejoignez-le, même quelques instants

Attention au lieu inhabituel à cause du marché de Noël.

Les cercles de silence ont été créés en réaction à la rétention des étrangers : pour faire connaître sa violence et protester.

Nous vous emmenons une fois de plus ce mois-ci dans cette violence, dans nos centres de rétention, et plus loin : dans les camps grecs où l'UE sous-traite le parcage des étrangers, et en Libye où elle sous-traite leur mise à mort, leur torture et leur esclavage.

La lecture prend un peu de temps. Ça tombe bien, ce sont les vacances pour beaucoup.

Nous avons au maximum collecté des témoignages directs. Ceux qu'on entend si peu. Ce temps, ils le valent1. Car nous faisons cela. Nos lois, nos administrations, avec notre argent. Ce faisant, nous nous rendons inhumains. Posez-vous la question : tout ce qui suit dans ce message, le feriez-vous de vos mains ? Collectivement nous le faisons.

Peut-être vous direz-vous : « À quoi bon ? On n'y peut rien. » Rendez-vous en fin de message à ce propos.

La rétention en France.

De nombreux témoignages sur ce qui s'y passe sont disponibles, depuis des années. L'information est là. Curieusement, elle est quasi-absente de tout grand média. Ces gens ne comptent-ils pas ?

lundi 25 novembre 2019

Des dizaines de milliers de dossiers d'asile rejetés sans instruction. Le cauchemar des « rejets par ordonnances » à la CNDA.


Prochain cercle de silence de Strasbourg
samedi 30 novembre 2019, 18-19h place D'AUSTERLITZ
rejoignez-le, même quelques instants
(attention lieu inhabituel pour cause de marché de Noël)

Notre message de ce mois a été rédigé après une interview de Pascale Adam, directrice de CASAS1, qui souhaite attirer notre attention sur une catastrophe touchant actuellement le monde de l'asile.

Lorsqu'un demandeur ou une demandeuse d'asile voit sa demande de statut de réfugié rejetée par l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et apatrides), il ou elle peut, comme contre n'importe quelle décision administrative, former un recours devant la justice pour contester ce refus. C'est la CNDA (Cour Nationale du Droit d'Asile), une juridiction unique siégeant près de Paris, qui juge ces recours.
Et comme les autres juridictions administratives, la CNDA peut rejeter immédiatement, sans audience et par juge unique —la loi parle de « rejet par ordonnance2 »—, un recours qui lui est soumis, quand celui-ci est irrecevable (c'est-à-dire enfreint une exigence formelle, par ex. est reçu hors délai ou pas rédigé en français) ou manifestement infondé. Nous nous intéressons à ce dernier motif. C'est ce que fait la Cour quand par exemple le recours est incohérent et incompréhensible, ou s'appuie sur un argument hors du champ de l'asile : « je suis venu(e) en France pour travailler » etc., ou ne donne aucun argument en réponse à la décision contestée de l'OFPRA.
Ces rejets par ordonnance pour recours « manifestement infondés » n'ont cessé de croître : ils étaient 9 % des décisions de la Cour en 2009, 12 % en 2010, plus récemment 17,5 % en 2015, 21 % en 2016, 26 % en 2017, 30 % en 2018, d'après les rapports annuels de la CNDA3. Ces chiffres soulèvent la curiosité : que se passe-t-il, pour que la proportion de recours « manifestement infondés » semble ainsi croître jusqu'à des niveaux élevé ? Les dossiers sont-ils en cause, ou le fonctionnement de la Cour ? (Voir plus bas un élément de réponse)
À Strasbourg, l'association CASAS aide depuis plus de trente ans à la rédaction de ces recours. Sa directrice, Pascale Adam Guarino, explique que les rejets par ordonnance n'ont longtemps concerné que quelques pour cent des recours pris en charge par l'association : des dossiers incontestablement dépourvus d'argument. L'association voit exploser ce type de rejet, particulièrement depuis 2019. Désormais ils visent probablement plus d'un tiers de ses recours, quasi tous sérieux, méritant audience.

dimanche 27 octobre 2019

Les demandeurs et demandeuses d'asile privées d'argent liquide ? / Enfermer, enfermer, enfermer.


Prochain cercle de silence de Strasbourg
mercredi 30 octobre, 18-19h pl. Kléber.
Rejoignez-le, même quelques instants.

Imaginez-vous devoir vous passer totalement d'argent liquide, du jour au lendemain ? C'est ce que le ministère de l'Intérieur a prévu pour les demandeurs et demandeuses d'asile.

Cette mesure est très révélatrice du fonctionnement de l'administration envers les étrangers :
Annoncée par communiqué (« la carte de débit de l'ADA évolue en une carte de paiement »), elle est incompréhensible du grand public (auriez-vous compris ?).
Elle est une pure mesure technique, une façon d'appliquer la loi, à la discrétion de l'administration, qui rend difficile ou ineffectif l'exercice de droits minimaux prévus par une loi pourtant déjà dure.
Elle est prise en notre nom mais ignorée, sauf des gens concernés.
Aucune explication crédible n'est donnée.
Il s'ajoute deux bonus fréquents : l'outre-mer (ici la Guyane) a servi de banc d'essai pour ce droit au rabais, la généralisation à la métropole a été décidée d'un coup (le 2 août) par le ministère de l'Intérieur sans aucune concertation. La preuve, elle s'avère inapplicable immédiatement par les propres acteurs qu'il mandate pour accueillir les demandeurs d'asile. Son entrée en vigueur a été repoussée du 5 septembre au 5 novembre.

Quantité de mesures administratives, nationales ou préfectorales, voire de simples usages des agents, partagent ces caractéristiques. Ensemble, sans bruit, ils rendent en permanence infernale la vie de dizaines de milliers de personnes.

Cette mesure étant un peu plus grosse et scandaleuse que d'autres, nous vous l'expliquons.

dimanche 29 septembre 2019

La rétention en 2018 : encore plus massive et violente


Prochain cercle de silence de Strasbourg
lundi 30 septembre 2019, 18-19h pl. Kléber
rejoignez-le, même quelques instants

En juin dernier les six associations mandatées par l'État pour assurer l'aide juridique dans les centres de rétention ont publié1 leur rapport 2018.
La violence dont elles rendent compte s'est accrue particulièrement, sous quantité d'aspects :
- nombreuses expulsions vers des pays où les gens seront en danger, ou bien où, gravement malades, ils ne pourront poursuivre les soins,
- multiplication des décisions et procédures illégales par les préfectures, et occupation maximale des CRA, enfermement de personnes en procédure Dublin (non encore visées par une mesure d'éloignement),
- toujours le droit dérogatoire outre-mer, qui rend ineffectifs les droits les plus élémentaires (exemple : expulsions de parents chargés de famille, seuls, leurs enfants étant confiés à l'aide sociale !),
- graves problèmes d'accès aux soins en rétention, et notamment absence de soins psychiatriques, alors que l'enfermement de personnes psychiquement malades s'accroît,
- tout cela a engendré de grandes tensions dans de nombreux CRA, avec des grèves de la faim, beaucoup d'automutilations,
- et dans ce paysage, toujours plus de familles avec enfants en rétention (traitement jugé inhumain et dégradant par la CEDH)…

Voici quelques précisions et chiffres sur tous ces points, et quelques mots sur la situation au CRA de Geispolsheim.

mardi 27 août 2019

Odyssées mortelles en Méditerranée


Prochain cercle de silence vendredi 30 août 2019
18h-19h place Kléber
Rejoignez-le, même quelques minutes

Le pire était certain… et il s’est produit.
Ce 25 juillet plus de 110 personnes ont péri lors d’un important naufrage à quelque 120 km au large de la ville libyenne de Khoms. Des hommes bien sûr, mais aussi des femmes et des enfants.
Les rescapés recueillis (ils seraient 134 Soudanais, Palestiniens, Erythréens) soit par les gardes côtes libyens soit par des pêcheurs marocains sont ramenés au point de départ : les terribles centres de détention libyens.
Effet tant redouté de l’absence de politique d’accueil européenne !
Et triste réalité de l’été que l’on s’empresse d’oublier car bien sûr « c’est la période des vacances, celle où l’on se retrouve en famille, celle qui doit permettre de refaire ses forces…. »
Mais refaire ses forces pourquoi ? Pour de nouveaux abandons, de honteux aveuglements ?
Tous nous participons de ces reculades dès lors que nous mettons une sourdine à l’expression de nos révoltes.
Une nouvelle encourageante ?
Le dimanche 4 août le bateau affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières , l’Ocean Viking a quitté le port de Marseille à 22 h et devrait atteindre dans 2-3 jours la Méditerranée centrale , principale zone de naufrage. Le bateau rouge et blanc, les couleurs de son nouveau pavillon norvégien, a pris le relais de l’Aquarius qui en son temps a sauvé 30 000 personnes
Là 31 membres du personnel sont à bord de l’Océan Viking : 13 marins secouristes, un médecin, une sage femme, un médiateur culturel et l’équipage.

dimanche 28 juillet 2019

Libye : message complet lu le 30 avril


  Attention, pas de cercle de silence à Strasbourg ce 30 juillet.
Retrouvons-nous le 30 août.

Fin juin, la capitaine Carola Rackete décidait de faire débarquer son bateau See Watch 3 à Lampedusa malgré l'interdiction, après plus de deux semaines bloquée en mer par les pays européens. Cela a mis une nouvelle fois le projecteur sur ce qui se passe en Méditerranée, et sur le rôle de la Libye et de nos États européens.
C'était justement le thème donné au cercle de silence pour son onzième anniversaire, le 30 avril dernier. La prise de parole au début du cercle donnait des détails pas si médiatisés sur toute cette affaire. C'est l'occasion de la reproduire par écrit. Il n'y aura pas de cercle ce 30 juillet (prochain cercle le 30 août). À la place, faites circuler ce message !


Les cercles de silence ont été lancés en 2006 par les franciscains de Toulouse. Leur but : faire connaître ce qui est fait à des étrangers, en notre nom mais loin des regards, notamment dans les Centres de Rétention. Par le silence, inviter chacun et chacune à se questionner : l'acceptons-nous ? À Strasbourg, ils se tiennent depuis onze ans : avril 2008.
Je vais dire un mot de la rétention parce que c'est l'origine et qu'il y a une chose importante à dire à son sujet, puis passerai au thème principal de ce soir : la Libye et la Méditerranée. Depuis 2007, la durée de rétention, cette prison-en-attendant-l'avion pour les personnes visées par une Obligation de Quitter le Territoire, a été deux fois augmentée : de 30 à 45 jours puis, depuis janvier 2019, 90 jours. Le but officiel est d' « accroître l'efficacité des reconduites ». En pratique, environ 90 % d'entre elles ont lieu dans les 30 premiers jours, et dans un cas sur deux, la personne enfermée se révèle non expulsable. Enfermer deux mois de plus ne sert à rien, qu'à enfermer. Être séparé de sa vie et de ses proches, dans des lieux exigus, bondés, sans intimité, avec pour seul accès au grand air une cour grillagée de partout, un accès aux soins limité ou inexistant, et avec strictement rien à faire pendant trois mois.
Mais pour ce onzième anniversaire, nous mettons l'accent sur une chose semblable qui est faite à des étrangers, loin des regards et en notre nom : c'est la Libye entière qui est devenue un « camp de concentration à ciel ouvert, financé par l'Union Européenne », selon le mot du maire de Palerme. La Méditerranée en est la gardienne meurtrière.
Pardon je vais être un peu long mais il n'y a pas le choix, pour décrire vraiment la situation. Déjà, je vais redire ce qu'est la Libye pour les étrangers. C'est connu, mais pas tant répercuté. Les témoignages s'accumulent : les étrangers en Libye vivent l'enfer. Je ne citerai qu'une longue mission de l'ONU (2018) décrivant des « horreurs inimaginables ». Pardon, ça va être pénible. Les étrangers sont entassés dans des prisons sordides, mal nourris, sans soins. ou ailleurs, ils sont torturés, violés vendus comme esclaves, ou tués à discrétionpar les autorités, ou par n'importe qui. Je cite le rapport :
« Ils sont à la merci d'innombrables prédateurs qui les considèrent comme des marchandises à exploiter et à extorquer »,
« L'écrasante majorité des femmes et des adolescentes » déclare avoir été « violées par des passeurs ou des trafiquants ».
«D'innombrables migrants et réfugiés ont perdu la vie en captivité tués par des passeurs, après avoir été abattus, torturés à mort ou tout simplement avoir été laissés mourir de faim ou de négligence médicale».
«Dans toute la Libye, des corps non identifiés de migrants et de réfugiés portant des blessures par balle, des marques de torture et des brûlures sont fréquemment découverts dans des poubelles, des lits de rivière asséchés, des fermes et le désert.»
Et la Libye est en guerre. Mi-avril, des belligérants à l'assaut de Tripoli sont entrés dans une de ces prisons à étrangers et ont ouvert le feu, gratuitement. C'est un crime de guerre. Des étrangers sont enrôlés de force dans une armée ou l'autre.
Enfin, les Libyens rapatrient systématiquement chez eux les occupants de bateaux de fortune secourus ou interceptés en mer. Le journaliste irlandaise Sally Hayden, qui a rapporté des témoignage un centre où les gens sont torturés, indique que la majorité d'entre eux sont des gens qui ont déjà fui la Libye en bateau ces deux dernières années, et y ont été ramenés. Elle souligne aussi dans un article de l'Irish Times que de nombreux enfants sont parmi eux, parfois nés en Libye.
Que font les États de l'Union Européenne ? Depuis 2015, ils donnent à la Libye les moyens financiers, techniques (bateaux, « formation » des garde-côtes, centre de coordination naval…) et juridiques de retenir encore mieux les gens qui veulent la fuir, pour l'Europe. Avec leur aide, ce pays a fait reconnaître internationalement (juin 2018) une vaste zone au large de ses côtes, où il est désormais responsable de coordonner les secours. (la plupart des états côtiers ont une telle zone enregistrée à l'ONU. Pour cela, il faut faire état d'avoir le matériel, le centre de coordination à terre, et les moyens humains nécessaires : nous les leur avons donnés ; plus de 200 millions € ont été dépensés par l'UE). Depuis, quand il ne laisse pas des bateaux couler, ce qui arrive, il ordonne aux navires privés ayant secouru des naufragés de les débarquer chez lui. Ces ordres sont illégaux, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU l'a répété avec insistance : car le débarquement doit se faire en lieu sûr. Mais il n'y a aucun recours. Ce Haut-Commissariat appelle nos États à modifier leur action. En 2017 et 2018, 29 000 personnes ont été ainsi ramenées de force en Libye.
J'ajoute une remarque pour être clair : dès avant la reconnaissance de la zone de secours libyenne, les Libyens avaient déjà menacé d'ouvrir le feu sur un bateau associatif, interdit à un autre de procéder à un sauvetage, et coulé un bateau en détresse sur lequel restaient des occupants dont un petit enfant. Nos États savaient très bien ce qu'ils faisaient en aidant les Libyens.
Si tout ça est ignoré, nos États continueront d'avoir les mains libres.
Parfois, des naufragés sont cependant recueillis hors des griffes libyennes. Pendant des années, ils ont été débarqués en Italie et à Malte. Ces pays, laissés soigneusement seuls par les autres États européens pour accueillir ces gens, refusent désormais tout débarquement. Et tous nos États empêchent par tous les moyens les rares bateaux associatifs de secourir ou de débarquer des naufragés (retrait d'immatriculation, poursuites judiciaires fantoches, interdiction de naviguer dans la zone problématique etc. Jusque six bateau ont été ainsi simultanément bloqués à terre). Rien que depuis 2014, plus de 17000 personnes sont mortes en Méditerranée selon le recensement de l'Organisation Maritime Internationale. Bref : que les gens se noient ou soient esclaves en Libye, tout est bon, pourvu qu'ils n'arrivent pas ici et qu'on n'en parle pas.
Il ressort une question de cela : sommes-nous devenus fous ?


Note. Le New York Times s'est procuré une vidéo d'un « sauvetage » par une vedette libyenne et l'a précisément commentée : https://www.youtube.com/watch?v=dcbh8yJclGI. Pour comprendre ce qui se passe, elle est un document à voir absolument. Et aussi : documentaire Arte visible jusqu'au 29 mai Libye, retour en enfer.



De petites faits ont été lus au cours du cercle.


1. Il y a dans le monde 68,5 millions de personnes déracinées pour échapper à un conflit ou à la persécution; parmi elles 25,4 millions sont réfugiés dans un autre pays que le leur (chiffres HCR). la France accueille seulement 165 000 personnes avec le statut de réfugié. Il y en a 3,5 millions en Turquie, 1,4 millions en Ouganda.


2. De l'écrivain Laurent Gaudé, écrivain,faisant parler une colonne de migrants
" Quand avons nous perdu ce qui nous donnait lumière et vie?
Quand sommes nous devenus si silencieux et si dociles à la peine?
Nous sommes arrêtés,
Dans nos vies, nos cœurs,arrêtés blessés.
Quand quitterons nous la nécessité?
Aurons nous des noms à nouveau, des histoires, des voix?
Aurons nous de l' espace autour de nous et un avenir au bout de nos pas?"


3. Reportage d'Arte. La journaliste est dans un bateau associatif qui reçoit un message des garde-côte- libyens présents pendant un sauvetage. "Remettez-nous les migrants. On doit les ramener en Libye. Si vous ne venez pas, je vous tue" : voilà comment le commandant d'un bateau garde-côte libyen, chargé de "coordonner les secours" entend empêcher un sauvetage par un bateau associatif.


4. Interrogé par une journaliste, un réfugié érythréen du camp de Daher al-Jabal en Libye : “Does the world have eyes? Tell the world we are humans, not animals. We need help,”


5. Jacques Toubon, Défenseur des Droits : « On traite les migrants comme une pathologie. Ce n'est pas une pathologie, c'est le mode de fonctionnement du monde.
La thèse de l'appel d'air appuie toutes les politiques de restriction de l'immigration et des droits des migrants.
Aucune étude au monde n'a démontré que l'appel d'air existe.
Il faut ouvrir les droits de l'immigration légale. Nous avons la possibilité d'accueillir.
Les réfugiés en Europe représentent aujourd'hui 0,25% de la population. Nous avons les moyens de les accueillir. »


6. En 1979, la France a accueilli d'un coup plus de 120 000 réfugiés vietnamiens, cambodgiens et laotiens fuyant la guerre. Comme nous avons changé !